L’accord d’El Rancho : un épisode toujours sans son aboutissant réel

En Haïti, dès le début de l’année janvier 2014,  la question du dialogue inter-haïtien reste et demeure ce qui domine l’actualité. La nécessité du dialogue émane de l’interminable crise politique qui a ressurgi dès l’avènement de l’actuel président de la République, Michel J. Martelly. L’ex chanteur, plus connu sous le nom de « Sweet Micky », comme premier citoyen de la nation, semble représenter une insulte pour la traditionnelle classe politique de ce pays.

En effet, sous les regards de l’église catholique, en janvier 2014, dans un hôtel de la capitale, Port-au-Prince, les pouvoirs législatif et exécutif, des partis politiques et des membres de la société civile avaient engagé des pourparlers ayant abouti à un accord,  comme le veut le principe du dialogue.

Si la logique du dialogue implique nécessairement des échanges entre des interlocuteurs, nous pouvons supposer que son essence s’articulait autour des intérêts de la population. Mais, plus aucune illusion là-dessus ! En réalité, à en croire la tendance générale populaire, il n’en a jamais été question. A chacun ses propres intérêts à défendre ! Personne ne s’attendait quasiment plus à rien de concret ! La méfiance, quant aux aboutissants réels de ce dialogue, envahissait déjà de plus en plus l’opinion publique en Haïti. Pour ainsi dire, les acteurs partaient sous de mauvaises pentes.

Et pour bien comprendre le bien-fondé de cette argumentation, d’aucuns se penchent sur les différents types d’acteurs qui y prenaient part. A l’instar des représentants directs des pouvoirs exécutif et législatif, la plupart des représentants des partis politiques étaient soupçonnés d’être proches de l’exécutif. Donc, pas moyens de contrebalancer la force des échanges. L’exécutif en prenait alors l’avantage. L’absence des grandes figures de ce que l’on nomme « l’opposition démocratique », symbolisée notamment par le MOPOD (Mouvement Patriotique de l’Opposition Démocratique), a discrédité d’avantage l’objectif de ce dialogue. Ce doute légitime allait se réconforter et se justifier avec des nouvelles têtes, des acteurs  retrouvés à bord de la table gouvernementale, dans le dernier remaniement ministériel. Lequel faisait  partie des thématiques abordées, lors du dialogue, à coté, entres autres,  de l’organisation des élections pour les sénatoriales (renouvellement d’un tiers).

Pour sa part, le parlement, particulièrement le Sénat de la République, est divisé sur la question du dialogue. Si la chambre des députés était censé être déjà acquise à la solde de l’exécutif, le Sénat présente le cas de figure contraire. Le pari n’était toujours pas gagné! Six des sénateurs soupçonnent le président de la République d’avoir des projets macabres pour le pays, surtout de ne pas avoir la volonté d’organiser les élections à temps, pour pouvoir diriger par décret, une fois que le parlement aura été déclaré caduc.

Pour le moment, le principal barrage auquel se confronte l’administration est le fameux groupe des 6 sénateurs.Le gouvernement est alors face contre mur. L’étendard est dressé. Cette minorité au Sénat de la République que la presse nomme, « l’aile dure » de l’opposition au pouvoir se compose des gens, pour la plupart, de souches Lavalas, parti de l’ex président Jean Bertrand Aristide, actuellement dans le collimateur de la justice pour des choses qui lui ont été reprochées dans sa gestion de l’administration publique, ne fait pas de cadeaux à l’administration en place.

Tous les faits et gestes du gouvernement sont passés au crible de leurs manières de voir. Tous, gouvernement et opposition, croient et disent agir dans l’intérêt de la population haïtienne. Chacun, de son coté, a une conception non clarifiée de la population. Le gouvernement, croyant avoir les bonnes grâces de cette dernière, fustige le comportement de ce groupe des 6 accusés d’avoir mis  en otage la marche du pays, en refusant de voter la loi électorale devant donner libre court au conseil électoral déjà mis sur pied selon les ententes trouvées par les différents acteurs.  Le groupe des six (6) est qualifié d’élément de blocage, pour avoir réfuté l’accord du dialogue qui prévoit la manière de mettre sur pied le conseil,lui donnant certaines prérogatives, au cas où le parlement ne voterait pas les amendements à la loi électorale dans les mêmes termes au sein des deux chambres.

Méfiance de part et d’autre. L’atmosphère politique est polluée. Les acteurs peinent encore à forger la porte de sortie. Pourtant la solution est trimballe sous nos yeux. L’entente sur un projet collectif ! Pas besoin de l’internationale pour y parvenir! Nous en sommes capables, en dépit de nos réticences. Ignorance ? Cynisme ? Mais à qui profite cet état de fait ? Ce qui est certain, Haïti en perd gros.

gensonoel@gmail.comArmoiries Haiti

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worlgenson
Worlgenson NOEL (République D'Haïti) Je fais des études en Communication et en Psychologie. En tant que citoyen du monde, je porte mon regard sur ce qui se passe dans mon pays et ailleurs.

1 Commentaire

  1. Désormais en Haiti, quand on évoque El Rancho dans les discussions politiques, c’est pour se référer à un pouvoir « Manfouben », une opposition politique sans vision, une société civile passive, une population laissée dans ses déboires.
    Merci pour cette belle analyse de la situation. J’en profite pour te souhaiter bienvenue sur la plateforme. Mon blog l’autre Haïti est disponible sur ce lien : http://bit.ly/1nNP6Gz.

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