Pour une jeunesse responsable, citoyenne et engagée dans le processus de développement du pays !

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Parler de la problématique de la jeunesse revient à faire un exercice difficile et complexe, surtout quand nous tenons compte de la réalité socio-économique et politique du pays. Nous risquons donc de nous perdre dans des éternelles redites, jusqu’à nous éterniser et nous apitoyer sur notre sort, pour finalement nous dire : ouf ! Nous en avons assez ! Ce pays ne nous offre rien. Nous devons le quitter, un jour où l’autre.

Depuis très longtemps, beaucoup d’haïtiens rêvent de quitter le pays. Certains y sont déjà parvenus, d’autres le feront encore. Que ce soient dans les petits pays de la Caraïbes, dans l’Amérique du Sud ou autre, par voie maritime ou aérienne, ils laissent le pays. De nos jours, les jeunes de notre génération partent pour le Brésil, l’équateur, le Mexique, le Chili, la République Dominicaine. Ce n’est pas nécessairement pour des raisons d’étude, mais surtout pour améliorer leurs conditions de vie qui sont pitoyables dans notre pays. Ils cherchent donc tous un mieux-être ailleurs, parce qu’il n’y a pas mieux ici.

De la politique, c’est la catastrophe

Dès leur plus jeune âge, on apprend aux jeunes à avoir peur de la politique. Oser parler de politique à la famille, ou dans d’autres milieux, c’est dégainer toutes les forces du mal contre soi. C’est le résultat du comportement des acteurs sur la scène politique qui priment leurs intérêts sur ceux de l’ensemble de la population, depuis les périodes d’antan. Les luttes pour le pouvoir, la corruption, les coups bas, etc. sont entre autres éléments qui teintent cette sphère et laissent des mauvais goûts dans l’encrage de l’ensemble de la société. Il faut donc avoir beaucoup d’audace pour s’y intégrer, pour le meilleur et pour le pire. Cela constitue un blocage qui suscite des réticences certaines de la part des jeunes qui évoluent déjà en toute vulnérabilité et fragilité, du fait d’être l’objet de toutes formes de manipulation de différents acteurs dans la sphère politique.

Jeunesse, chiffres, l’âge et représentations 

Pour les Nations Unies, les jeu­nes concernent la tranche d’âge de 15 à 24 ans. C’est la période qui couvre une partie de l’enfance et de l’ado­lescence qui, elle-même, s’étend jusqu’à l’âge de 18 ans et 19 ans.  Selon un rapport du fonds des Nations Unies pour la Population en Haïti (UNFPA- Haïti) titré « Haïti en chiffre », les jeunes de 15 à 24 ans représentent plus de 20% de la population totale du pays. « La population des Jeunes âgés de 15 à 24 ans révolus a cru à un rythme plus rapide que la population totale (3% contre 2,5% l’an), au cours de la période comprise entre les recense­ments de 1982 et de 2003». Pour ce rapport, « la croissance démographique chez les jeu­nes a été particulièrement accélérée en milieu urbain où elle a avoisiné le niveau de 6% l’an, au cours de la période intercensitaire. A ce rythme, la population urbaine des Jeunes, 1.795.267 in­dividus en 2003, devrait doubler d’ici à 2015. ».

Dans son article «La jeunesse comme phase transitoire et comme classe sociale», le  sociologue Jean-Marie Bergeret utilise le concept de classe sociale que constitue la jeunesse, avec ses habitudes, notamment ses habitudes de consommation. Mais une classe toujours en mouvement puisque c’est une classe d’âge et non pas une classe de personnes condamnées à y rester toute leur vie. En revanche, c’est une classe sociale à problèmes, et avec ses problèmes.

En Haïti, nous parlons d’une jeunesse amortie par des disparités sociales, des préjugés, des discriminations. Des réalités qui se retrouvent dans les fibres de la société haïtienne elle-même. Selon qu’un jeune soit élevé dans une famille monoparentale, dans un quartier défavorisé, ou dans un milieu rural, ou autre, il peut faire l’objet d’une série de préjugés liés potentiellement à ce qu’il représente au sein même de sa catégorie sociale. Il s’agit, en fait, d’une jeunesse désespérée à la recherche d’emploi, quoiqu’ayant une certaine formation dans un domaine quelconque, mais qui continue de  « piaffer  sur le béton ». Un problème d’intégration dû à une forme d’exclusion ou un manque d’effort.

Cela étant, vivre sa jeunesse en Haïti implique nécessairement le vacillement entre les soubresauts qui caractérisent la vie en Haïti, le stress du quotidien, la colère, la frustration, et l’envie ou le rêve de partir un jour où l’autre, en quête d’un aller-mieux ailleurs.

Oui à l’éducation de la jeunesse 

Point n’est besoin de rappeler ce que représente l’éducation dans la bonne marche d’une société quelconque. Mais il est utile de porter un regard critique sur certains facteurs de l’éducation en Haïti. Un problème de socialisation de l’individu-haïtien dont se chargent la famille et l’école principalement. Rien qu’à travers ces instances fondamentales de transmission de savoir se posent de véritables problèmes qui exigent de nouvelles réflexions.

De nos jours, on parle de la dislocation familiale en Haïti. Les conditions de précarité socio-économique des parents atteignent considérablement l’influence qu’ils pouvaient réellement exercer sur les plus jeunes, notamment en les inculquant des notions consubstantielles au progrès de la société. Difficile donc d’assumer leur responsabilité !

Par ailleurs, c’est aussi juste de se demander si l’Etat Haïtien veut vraiment que les jeunes étudient. Rien qu’à voir le mauvais traitement que les acteurs-dirigeants accordent aux institutions publiques d’enseignement, notamment les écoles Nationales, les Lycées et l’Université d’Etat. Il ne se passe pas une année pour qu’il n’y ait pas de grèves, de manifestations dans les Lycées ou à l’Université, avec  les mêmes revendications: condition de travail des enseignants, salaire, infrastructures, etc.). Tout le monde connait la réalité, mais peu de gens s’investissent à  la changer.

Entre autres, considérons que, jusqu’à présent, l’enseignement de base en Haïti est axé sur la récitation. A ce propos, Jean Price Mars, écrivain haïtien, avait critiqué le principe de l’enseignement axé sur un modèle de savoir : inculquer par gavage le plus grand nombre de connaissance à un enfant ou un adolescent sans se préoccuper si ce savoir est assimilable et assimilé par ces cerveaux  auxquels on les destine, ou si ces connaissances répondent aux conditions d’évolution historique et autre de la société à laquelle ils appartiennent.  (Ouvrage : La vocation de l’Elite)

D’ailleurs, rares sont des écoles qui possèdent des conseillers pédagogiques, des psychopédagogues qui faciliteraient l’articulation du système d’apprentissage. Rares sont celles qui inculquent aux jeunes le sens de responsabilité, le travail en équipe, le sens du service civique, du bénévolat, du volontariat pour acquérir un ensemble de connaissances ou d’expériences.

A cela, il importe de questionner la vision de l’Etat sur la question de l’éducation. Il ne suffit donc pas de construire des établissements d’enseignement, mais de repenser à ce qui constitue l’essence du programme pédagogique, pour s’assurer que les connaissances véhiculées peuvent contribuer au progrès de la société. En ce sens, la responsabilité de la jeunesse, sa citoyenneté, et son sens d’engagement se définiront à partir de ce qui lui aura été transmise.

Pour une jeunesse responsable

C’est un constat: le pays va à la déchéance! Des valeurs sociétales s’effritent. Mais il faut de nouvelles manières de procéder, un nouveau leadership, de nouveaux leaders. En tant qu’avenir de la société, la  jeunesse ne doit ni rester à s’apitoyer sur son sort ou sur celui de l’ensemble du pays ; ni chercher un bouc émissaire à qui attribuer tous les maux qui frappent Haïti. Ce serait alors une marque d’irresponsabilité. Cela dit, elle a ses efforts à faire. Que ce soit dans la manière de choisir ses leaders ou dans son silence-conformiste et complice par rapport à ce qui se passe dans son pays. De ce fait, assumer sa responsabilité se rapporte aux actions entreprises pour l’avancement du pays. C’est aussi développer un certain sens d’engagement dans ce qui peut servir sa communauté.

Participation et intégration 

« Participer, c’est s’intégrer soi-même ! » La participation de la jeunesse présuppose nécessairement l’acquisition d’un ensemble d’informations utiles qui lui permet de faire face à ses responsabilités face à sa réalité. La responsabilité, c’est être à même de questionner ceux-là qui dirigent ou qui aspirent à l’être, dans leurs actes. La participation de la jeunesse est son intégration dans son entourage, dans les regroupements de jeunes, les associations, les clubs culturels, etc.

S’informer et se former

La connaissance ne tombe pas directement du ciel, comme on le dit, elle se trouve dans les livres, les bibliothèques, les revues, les journaux, les magazines, à travers l’internet, les réseaux sociaux, etc. Elle se pratique du jour au lendemain dans les différents milieux où se développent les rapports humains.  Une jeunesse qui se veut responsable doit saisir ses opportunités pour se former en vue d’influencer la réalité des choses. Toutes les connaissances sont censées être à la portée de tout le monde.

Pour une jeunesse citoyenne

« Si seulement la citoyenneté était apprise aux haïtiens ! »

Toute société qui existe, l’est à partir du niveau d’appartenance des individus qui y vivent. Aucune ne peut fonctionner correctement sans l’action citoyenne, se manifestant à partir de la jouissance d’un ensemble de privilèges(droits) et la reconnaissance d’un ensemble d’obligations (devoirs) envers la patrie. Il s’ensuit que tout citoyen, pour qu’il soit reconnu comme tel, doit pouvoir s’adapter aux caractéristiques qui s’alignent au concept de citoyenneté. Toutefois,la citoyenneté est apprise, dès ses plus jeunes âges, de la famille à l’école. La société aurait fonctionné mieux si la citoyenneté avait été enseignée aux jeunes. Bien qu’on soit majeur à 18 ans en Haïti, l’on n’est citoyen que dans l’exercice de ses droits civils et politiques, et ses devoirs conformément à la manière à ce qui est articulée dans la constitution de 1987.

Aujourd’hui, plus que jamais, notre regard doit être tourné vers Haïti. Les potentialités sont là, il suffit donc de les faire développer normalement. Personne ne peut changer ses conditions de vie sans son implication et sa volonté. La responsabilité de la jeunesse, sa citoyenneté et son engagement sont les éléments nécessaires pour participer au processus du développement du pays.

Cette publication est le résumé d’une conférence animée avec des jeunes, le 31 Janvier 2015, aux Gonaïves (Haiti).

Worlgenson NOEL

genosoel@gmail.com

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Worlgenson NOEL (République D'Haïti) Je fais des études en Communication et en Psychologie. En tant que citoyen du monde, je porte mon regard sur ce qui se passe dans mon pays et ailleurs.

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