Contre la barbarie des Dominicains sur des Haïtiens ? Protestation, et après ?

Credit photo: Netty Duclaire

Credit photo: Netty Duclaire

Ce mercredi 25 février 2015, une marche s’est tenue à Port-au-Prince par divers secteurs de la société civile et de la classe politique pour protester contre le racisme en République dominicaine et l’anti-haïtianisme développés par des dominicains depuis de nombreuses années. Beaucoup d’Haïtiens sont victimes d’actes barbares dans la République voisine. Le dernier cas en date, c’est l’assassinat suivi de la pendaison du jeune haïtien Claude Jean Harry. Cet acte odieux semble soulever la colère de beaucoup d’haïtiens qui demandent, comme toujours, que justice soit faite.  Parti du champ de Mars jusqu’au-devant de l’ambassade de la République Dominicaine, le message a été clair : « Justice pour Claude Jean Harry » et « Non au racisme et l’anti-haïtianisme des dominicains ».

Mis au point

C’est un secret de polichinelle : Haïti et la République Dominique vivent depuis très longtemps de forts moments mouvementés et de tensions. Leurs rapports se définissent sur des conflits à répétition. Bien qu’elles partagent la même Île, la relation que les deux Républiques développent est teintée de préjugés, de discriminations, des perceptions (bonnes ou mauvaises). De génération en génération, nous sommes grandis avec tout un ensemble d’attitudes et de comportements mutuellement haïssables.

À notre connaissance, depuis le massacre des milliers d’haïtiens en 1937, jusqu’à date, Haïti continue d’enregistrer des cas de malfaisance perpétrés contre des haïtiens en République Dominicaine. En réaction, nous protestons. Nous nous sommes tous sentis indignés. À nous voir, nous dirions qu’enfin, nous allons en profiter pour tirer de bonnes leçons, ou mettre notre devoir au propre! Mais ce n’est que de la fugacité !

Désormais, cela se voit dans notre manière d’agir. D’autres événements malheureux l’ont déjà montré : dans les catastrophes naturelles (cyclone, séisme du 12 janvier) ou autre chose de malheur. Une fois que nous finissons de traverser le choc émotionnel, nous retournons à notre manière de vie au préalable, en attente du prochain événement.

Crédit photo: Yvens Rumbold

Crédit photo: Yvens Rumbold

Aujourd’hui, nous craignons que marcher contre la barbarie avérée des dominicains ne reste pas, tout simplement, une réaction purement dégagée parce que cela touche à nos nerfs. Il ne suffit donc pas de nous plaindre, mais de faire en sorte que les haïtiens reconnaissent qu’ils appartiennent à Haïti, et qu’il revient, à eux-mêmes, de le rendre vivable.

En fait, nous le savons, le nombre d’haïtiens qui vivent en République Dominicaine représentent un poids considérable sur son territoire. Toutefois, pour ceux-là qui se demandent pourquoi les haïtiens ne restent pas dans leur pays, la réponse s’ensuit:

Comment demander aux haïtiens de rester dans leur pays quand leurs conditions de vie sont encore pitoyables ; quand il n’existe pas d’espaces universitaires qui répondent au besoin d’étude des milliers de jeunes qui bouclent leurs études classiques chaque année ; quand les élites économiques ne peuvent pas se mettre ensemble pour investir à bon escient dans l’éducation, la construction d’hôpitaux ou de centres de santé qui faciliteraient l’accès au soin de santé des haïtiens; quand il n’existe pas vraiment d’espaces de loisirs? C’est de cela qu’il s’agit également.

Oui, nous protestons contre toutes formes d’actes de férocité et de sauvagerie des dominicains sur des haïtiens, mais et après ? Nous reviendrons à la case de départ, comme toujours !

Un pays qu’Haïti a aidé à conquérir son indépendance en Février 1844 pouvait offrir mieux comme redevance. Les autorités responsables des deux pays doivent s’engager pour améliorer les rapports entre les deux Républiques. Il est de leur devoir de dégager une volonté politique pour la bonne gestion de l’Île. D’ailleurs, si aujourd’hui, les citoyens dominicains et haïtiens ne se tolèrent pas mutuellement, c’est parce qu’à la base il existe un problème lié au mode de socialisation dont ils bénéficient, à l’école principalement.

En somme, si nous voulons que les haïtiens développent le sentiment réel d’appartenance à Haïti, il faut que tout le monde s’engage à agir en conséquence. Il faut que l’État et le reste du corps social se mobilisent dans la formation des haïtiens, dans l’investissement. C’est encore et toujours, purement et simplement, la même logique : « quand il n’y a pas mieux dans leur pays, les haïtiens iront tous chercher ailleurs ». Nous devons donc, nous-mêmes, rendre vivable notre pays ! Aimons Haïti!

Worlgenson NOEL

 

The following two tabs change content below.
worlgenson
Worlgenson NOEL (République D'Haïti) Je fais des études en Communication et en Psychologie. En tant que citoyen du monde, je porte mon regard sur ce qui se passe dans mon pays et ailleurs.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *