Haïti/Livres en folie: Des étudiants critiquent et proposent

Des participants au Parc Historique de la canne à sucre

Des participants au Parc Historique de la canne à sucre

Décidément, « Livres en folie » se dessine et s’impose comme la plus grande manifestation du livre en Haïti. L’événement est unique et devient incontournable pour les amants du livre et les passionnés de la lecture.  « Livres en Folie » continue de drainer la grande foule. De fait, tous, petits et grands, écoliers, étudiants, professeurs et autres individus de catégories sociales confondues étaient des milliers à prendre part à cet événement qui s’est tenu au Parc Historique de la Canne à sucre, les 4 et 5 juin 2015, à Port-au-Prince. Les organisateurs de cette édition estiment à plus d’une dizaine de maisons d’édition le nombre de participants, avec 1864 titres disponibles et 164 auteurs en signature. Une quantité assez considérable tenant compte de la date du lancement de cette activité depuis 1994. Et, pour cette 21ème édition, Syto CAVE, dramaturge, poète et compositeur de chants, qui est passé pour un mastodonte dans le monde culturel haïtien, a été consacré « l’invité d’honneur ».

Toutefois, quant à la manière d’organiser l’événement, il est judicieux de souligner les avis partagés des étudiants de l’Université d’Etat d’Haïti. Ces derniers exhibent leurs critiques et font des  propositions devant servir à l’amélioration de cette activité.  En effet, « Il y a trop de papiers légers  à livres en folie », remarque Hadson ALBERT, jeune blogueur à Mondoblog-RFI, étudiant en Communication à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH). « Des auteurs viennent et reviennent chaque année avec différents types d’ouvrages, mais présentent des textes, pour la plupart, vide de contenus », poursuit-il, en se questionnant sur les critères de recrutement utilisés pour participer à Livres en Folie. Il en a profité pour encourager les auteurs à la production scientifique, ainsi que les organisateurs à susciter l’intérêt du public particulièrement par la promotion de ces genres d’ouvrages.

Dans le même ordre d’idées, Luckens LEGROS, qui étudie les lettres modernes à l’Ecole Normale Supérieure, croit que, d’une part, les auteurs et les maisons d’édition doivent faire plus d’efforts pour améliorer la qualité et la présentation des ouvrages dont la plupart laissent encore à désirer cette année. D’autre part, il propose que les organisateurs accordent plus de visibilité aux plus jeunes auteurs qui cherchent à se créer une place dans le domaine littéraire.

L'invité d'honneur de Livres en Folie

L’invité d’honneur de Livres en Folie

D’entrée de jeu, il n’est pas à nier que tous ne se présentent pas à Livres en folie avec les mêmes motivations. Si certains viennent pour voir les auteurs et acheter leurs ouvrages, d’autres viennent pour les rencontres, les échanges et le divertissement. Mais les partenaires, eux, sont là rien que pour tirer leurs avantages du jeu. C’est en ce sens qu’une catégorie d’étudiants articulent leurs propos.

En effet, pour Lorvens AURELIEN, étudiant en Anthropo-sociologie à la Faculté d’Ethnologie, « Livres en Folie est un espace d’embourgeoisement, un lieu de  vente et non de circulation de textes ». L’étudiant, ne mâchant pas ses propos, regrette qu’il n’y ait pas de discussions faites sur les textes présentés au public, mais croit que ce sont les intérêts économiques des partenaires qui prédominent. Cela dit, hormis l’aspect culturel et social, le côté marchand de l’activité avait été très mis en vigueur. Le prix de la rentrée fixé à 300gourdes (monnaie haïtienne) par jour, celui des produits de consommation peuvent en témoigner. Donc, pour lui, Livres en folie est strictement la manifestation de l’expressivité de l’économie d’échelle. Les partenaires gagnent à tous les coups. C’est un avis quasiment partagé par l’étudiant en économie du Centre de Techniques de Planification et d’économie Appliquée (CTPEA), Enomy GERMAIN qui, en dehors de toute autre considération positive, pense que «  Livres en folie est une activité qui vend des auteurs, des maisons d’édition et des livres. C’est la dimension échange des livres contre de l’argent qui semble avoir la priorité ».

Par ailleurs, Cawn Mala OSNE invite les organisateurs à résoudre au problème d’acquisition de livres qu’enregistrent les participants à Livres en folie. Cet étudiant finissant en communication à la Faculté des Sciences Humaines estime que le processus d’achat de l’ouvrage de son choix est compliqué. Et pour sa part, Wenchel OCCEUS, étudiant en administration publique à l’Institut  National d’Administration, de Gestion et des Hautes Etudes Internationales (INAGHEI), déplore le fait que le public ne soit pas mis au parfum à temps de la promotion des différents auteurs et œuvres disponibles à Livres en folie. Les organisateurs de cet événement doivent penser à toute une mobilisation autour des ouvrages et des auteurs, au grand public, a-t-il suggéré.

Porter son regard sur l’organisation de Livres en folie, comme espace de contact avec des ouvrages, permettra donc aux organisateurs d’apporter des changements qui pourraient rehausser l’éclat de cette manifestation culturelle à nulle autre pareille connue en Haïti, notamment dans le domaine du livre.

Worlgenson NOEL

 

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worlgenson
Worlgenson NOEL (République D'Haïti) Je fais des études en Communication et en Psychologie. En tant que citoyen du monde, je porte mon regard sur ce qui se passe dans mon pays et ailleurs.

4 Commentaires

  1. Merci pour ce billet camarade. J’ai commencé à réfléchir sur le sujet tout récemment et ton texte fait écho à des préoccupations qui m’ont paru au final en cohérence avec le but fixé par les organisateurs, c’est-à-dire, réaliser la plus grande manifestation du livre en Haiti. Le caractère populaire de la chose, qui d’ailleurs fait bien l’affaire des sponsors, atrophie toute velléité de sélection ni même de censure. Le tout participe de la vitalité du secteur mais la qualité s’en trouve évidemment diminuée.

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