Une éducation pour quelle société en Haïti ?

Crédit photo: www.ei-ie.org

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L’éducation reste toujours la seule substance qui permet aux sociétés de progresser. Elle est l’épine dorsale qui alimente et guide la conduite des individus, selon les modes d’évolution de leurs milieux. Cela dit, pour comprendre le fonctionnement d’une société quelconque, notamment Haïti, il est impérieux de porter son regard sur son système éducatif. Toutefois, eu égard au fonctionnement de la société haïtienne, l’on peut se demander si l’éducation a été vraiment au centre des préoccupations des hommes d’Etat, comme l’a fait remarqué Jean Price Mars dans La Vocation de l’élite.

A un moment où l’administration en place se vante d’avoir  le mérite de faire de l’éducation son principal cheval de bataille, je me vois dans la nécessité de porter certains facteurs-freins à l’attention des acteurs les plus concernés. Loin de là l’idée de noyauter de plein fouet dans la problématique du système éducatif en Haïti en général. Mais il m’est un droit d’exprimer ma pensée librement sur des « aspects-malaises » y relatifs. A cela, il importe de s’interroger sur la vision de l’Etat sur la question de l’éducation. D’ailleurs, la constitution de 1987 impute à celui-ci la charge de l’éducation sur tout le territoire national. En revanche, il ne suffit donc pas de construire des établissements d’enseignement, mais de repenser à ce qui constitue l’essence du programme pédagogique, pour s’assurer que les connaissances véhiculées peuvent contribuer au progrès de la société.

En effet, je me sursois sur des institutions fondamentales de socialisation, comme la famille et l’école, qui confrontent à de véritables problèmes nécessitant de nouvelles réflexions. Si dans des pays occidentalisés, la famille et l’école ont une « complémentarité fonctionnelle », en Haïti, elles constituent des « ennemis jurés », pour paraphraser Jean Casimir dans La culture opprimée.

A l’heure actuelle, les conditions de précarité socio-économique des parents en Haïti affectent l’influence qu’ils pouvaient réellement exercer sur leurs enfants, notamment en leur transmettant de notions indissociables au développement de la société. Selon qu’elles soient appartenues à une position sociale, les familles haïtiennes ne pratiquent pas le même type d’éducation. Si d’un côté, celles qui possèdent un certain pouvoir d’achat plus élevé choisissent de placer leurs enfants dans des écoles dites « prestigieuses » coûtant les yeux de la tête, d’un autre côté, celles-là qui arrivent à peine à gérer à leur quotidien n’ont pas d’autre choix que d’envoyer leurs enfants à une école où les enseignants sont censés être dépourvus de qualité et de compétence en la matière.

Dans le même sens, cette dichotomie qui s’énonce autour des différents types d’écoles : « Bòlèt», Collèges, Lycées et Congréganistes, fragmentant et fragilisant davantage la société, constitue un élément important sur lequel doit agir l’Etat Haïtien pour redynamiser le système éducatif. Ce dernier est teinté d’un ensemble de préjugés alimentés dans les milieux scolaires et universitaires, lesquels auront de graves répercussions sur le tissu social haïtien.

www.hpnhaiti.com

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Parallèlement, il faut considérer la logique de la langue d’enseignement dans les écoles en Haïti. En effet, l’une des difficultés s’attachant à la problématique de l’enseignement réside également dans le facteur linguistique : français et créole. Le niveau d’adaptation reste compliqué. Les enfants qui s’expriment et comprennent mal le français sont contraints d’étudier dans cette langue. Ce qui fait qu’au terme de leurs études classiques, la plupart d’entre eux n’arrivent pas toujours à produire ou expliciter normalement un point de vue dans cette langue héritée de la colonisation française.

Aussi sommes-nous amenés à nous demander si l’Etat Haïtien veut que les gens étudient. La justification se retrouve dans le mauvais traitement accordé aux institutions publiques d’enseignement, notamment les écoles Nationales, les Lycées et l’Université d’Etat. Il ne se passe pas une année pour qu’il n’y ait pas de grèves, de manifestations dans les Lycées ou à l’Université, pour des causes liées à leurs mauvaises gestions (salaire, absence de professeurs, etc.). Tous les acteurs-dirigeants connaissent la réalité, mais ils ne s’investissent pas assez pour la changer. (Réf. :http://worlgenson.mondoblog.org/2015/02/02/pour-une-jeunesse-responsable-citoyenne-et-engagee-dans-le-processus-de-developpement-du-pays/ )

Entre autres, jusqu’à date, la méthode d’enseignement en Haïti se base sur la récitation. En ce sens, dans la Vocation de l’élite,  l’écrivain haïtien, Jean Price Mars, avait critiqué le principe de cet enseignement administré suivant un modèle de savoir : inculquer par gavage du plus grand nombre de connaissance à un enfant ou un adolescent sans se préoccuper si ce savoir est assimilable et assimilé par ces cerveaux auxquels on les destine, ou si ces connaissances répondent aux conditions d’évolution historique et autre de la société à laquelle ils appartiennent. 

Dans le même ordre d’idées,  je peux compter sur le bout de mes doigts le nombre d’écoles en Haïti avec des conseillers pédagogiques, des psychopédagogues qui favoriseraient une meilleure adaptation du système d’apprentissage.

Aujourd’hui, si Haïti se veut d’une société démocratique responsable, à l’instar de tout autre élément qu’on peut apprendre aux enfants, il faut une éducation à la citoyenneté. Tant dans les familles que dans les institutions d’enseignement, l’Etat doit s’assurer qu’un travail de base soit fait à ce sujet. On parle, dans un certain sens, de l’instruction civique. Par cela est garantie la construction d’une société où les citoyens jouissent normalement de leurs droits et accomplissent leurs devoirs. Cela étant, dès son plus jeune âge, l’individu apprend à connaitre les systèmes et les institutions politiques en vigueur dans les sociétés, dont la sienne. Il s’ensuit que les acteurs qui cohabitent cette société libre et autonome, sauront assumer les responsabilités qui leur reviennent pour son évolution.

Donc, l’avenir de la société haïtienne dépend de la qualité de la formation reçue dans les institutions de base dont la famille et l’école. Celles-ci se doivent de développer le sentiment d’appartenance aux citoyens par rapport au pays. En ce sens, pour avoir à l’avenir une élite avec son regard tourné sur Haïti, et qui répond à sa vocation  de leadership, il faut mettre le poids sur la qualité de formation, susceptible de répondre, principalement, aux défis dont fait face la société haïtienne.

 A côté des autres ambigüités qui caractérisent le système éducatif haïtien, des efforts peuvent être consentis vers un processus d’adaptation aux réalités qui se présentent dans l’évolution de la société. En ce sens, les familles et les écoles doivent apprendre aux gens, dès leur jeune âge, à penser à « l’individu-haïtien », ou à Haïti avant tout, comme milieu leur appartenant. Une éducation de qualité axée en adéquation au tempérament du peuple haïtien, ses modes de fonctionnement, favoriserait donc une meilleure compréhension de ses réalités. Ce qui facilitera une canalisation des actions visant à résoudre les différents maux qui n’ont guère cessé d’entortiller les pas du pays sur la voie du développement.

Worlgenson NOEL

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Worlgenson NOEL (République D'Haïti) Je fais des études en Communication et en Psychologie. En tant que citoyen du monde, je porte mon regard sur ce qui se passe dans mon pays et ailleurs.

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